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Association des Médecins du Vietnam
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L’EMPEREUR DUY TAN

« Un grand espoir pour l’Indochine » Général de Gaulle


I - La dynastie des NGUYEN

La dynastie des NGUYEN s’installe en 1802 avec l’aide de français dont Mgr Pigneau de Behaine, évêque d’Adran qui a protégé et aidé Gia Long, fondateur de la dynastie, qui fixa la capitale de l’empire à Phù Xuân (Hué). C’est à ce moment que le nom du pays, le DAI VIET, devient le NAM VIET, transformé en VIET NAM par la volonté de l’empereur de Chine.

Après GIA LONG, son 4ème fils, MINH MANG régna de 1820 à 1840, puis son fil aîné THIEU TRI (1841-47), puis TU DUC second fils de THIEU TRI ; TU DUC eut un règne prolongé (36 ans) mais fut plus un érudit qu’un politique. C’est sous son règne que les français prirent pied au VIET NAM, qui devint l’Indochine française divisant le pays en trois parties = ANNAM, TONKIN et COCHINCHINE (en plus du Laos et du Cambodge).

Mort en 1883, le fils adoptif, DUC DUC fut destitué après 3 jours et remplacé par un des fils de THIEU TRI ; là encore le nouvel empereur HIEP HOA fut contraint de se donner la mort après 6 mois de règne. Les 7ème et 8ème empereurs KIEN PHUC et HAM NGHI, ne régnèrent qu’un an chacun et DONG KHANH, le 9ème empereur de la dynastie, trois ans.

Il faut donc attendre le 10ème souverain, THANH THAI, pour retrouver un règne suffisamment long : de 1889 à 1907. Cependant l’empereur s’opposait assez souvent aux français, et finit par être destitué par le Résident Leverque. Le 29 juillet 1907, celui-ci lui annonce sa décision, effective le 3 septembre. Le 12 du même mois, il fut placé sous résidence surveillée au Cap St Jacques avant d’être déporté en 1916 avec son fils l’empereur DUY TAN à l’île de la Réunion.

Rentré au Vietnam en 1947, il mourut à Saïgon le 24 mars 1954 à 74 ans.


II - L’empereur DUY TAN (1907-1916)

Le jeune prince Vinh San, né en 1899, est placé sur le trône par l’administration française à la place de son père.
Contre toute attente, le très jeune souverain va s’opposer aux français avec encore plus de fermeté que son père.
N’a t-il pas déclaré : « Si vous voulez que je sois le souverain du Vietnam, il faut me considérer comme un souverain adulte qui a le droit d’agir, et particulièrement le droit d’exprimer ses opinions au gouvernement français ».

Vers la fin de 1915, DUY TAN eut des contacts secrets avec deux dirigeants du VIET NAM QUANG PHUC HOI (association fondée par le lettré PHAN BOI CHAU) qui préparaient une insurrection anti-française. L’empereur quitta Hué et les rejoint à QUANG NGAI, mais, le 6 mai 1916, les troupes françaises capturèrent tout le groupe, souverain inclus.

Malgré les efforts du gouverneur général pour convaincre DUY TAN de continuer son règne, celui-ci refusa. Alors il fut envoyé, avec son père en exil à l’île de la Réunion. Son épouse et sa mère, parties avec lui, regagnèrent assez vite leur pays. Le prince se remaria avec une créole dont il eut 4 enfants.

KHAI DINH lui succéda puis, en 1926, BAO DAI. Pendant la guerre, avec la France Libre, il servit sur le torpilleur Léopard et fut remarqué par le général Legentilhomme, en particulier pour les services qu’il rendit au moment du débarquement de la Réunion. En effet, devenu un spécialiste Radio entre les deux guerres, il reçut sur un émetteur récepteur de sa fabrication des renseignements venus de l’Ile Maurice, qui permit de faire basculer La Réunion dans le camp allié sans une seule victime ! Il finit la guerre comme Officier de transmissions à Madagascar.

Le Général De Gaulle lui portait une grande estime, et décida après la guerre, en 1945, de faire venir en France le Prince qui se trouvait alors à La
Réunion.

« Au fins qui pourraient être utiles, je nourris un dessein secret. Il s’agit de donner à l’ancien empereur DUY TAN les moyens de reparaître si son successeur et parent BAO DAI se montre, en définitive, dépassé par les évènements. C’est une personnalité forte. Quelques trente ans d’exil n’ont pas affecté dans l’âme du peuple annamite le souvenir de ce souverain » a écrit le Général de Gaulle.

Celui-ci expliqua au Général de Boissieu qu’il attachait une grande importance au Prince VINH SAN car il pensait devoir contrebalancer les monarchies laotienne et cambodgienne en rétablissant le trône de Hué. Il était par ailleurs très légitimiste et pensait que BAO DAI était trop compromis et impopulaire.

Le 25 septembre 1945, le Prince fut nommé chef de bataillon. En même temps, il réfléchissait à l’avenir de son pays. Il avait trois idées fortes.
- réunion des trois Ky (Tonkin- Annam- Cochinchine)
- indépendance absolue à terme, mais après une période intermédiaire
- alliance très étroite avec la France dans le cadre d’une Fédération Indochinoise (avec Laos et Cambodge) où la France aurait la responsabilité de la défense et de la diplomatie.

Le Général admettait ce texte « à terme », en insistant sur la période intermédiaire. Il reçut le Prince Vinh San le 14 décembre 1945 et ils semblent être tombés d’accord sur l’essentiel.

Le Prince écrit après l’entrevue « c’est fait, c’est décidé, le gouvernement français me replace sur le trône d’Annam. De Gaulle m’accompagnera quand je retournerai là bas, probablement dans les premiers jours de mars 1946. D’ici là, on va préparer l’opinion française et indochinoise ; demain, à Hué, à Hanoï, à Saïgon, deux drapeaux flotteront côte à côte : celui de la France avec ses trois couleurs, et celui du Vietnam avec ses trois barres symbolisant les trois Ky ».

Le Prince était fier de « rentrer chez lui comme de Gaulle est rentré chez lui à Bayeux »

Par malheur, 10 jours plus tard, le 24 décembre, le Prince Vinh San prit l’avion pour la Réunion, mais s’écrasa entre Fort Lamy et Bangui, dans une tornade. Le Général de Gaulle fut très affecté par la disparition de l’Empereur DUY TAN : « La France n’a pas de chance en ce moment. Cette mort du Prince prive l’Indochine d’une carte maîtresse ».

On mesure l’importance que représentait pour le Chef de la France le retour en Indochine de l’empereur, quand on sait qu’il aurait retardé son départ volontaire du 20 janvier 1946 pour tenir la promesse faite au Prince d’aller avec lui en Indochine.

On ne refait pas l’histoire, mais qu’aurait été le déroulement des évènements d’Indochine si les deux hommes exceptionnels qu’étaient le Général De Gaulle et le Prince Vinh San avaient pu mener à bien leur dessein et créer des liens nouveaux entre la métropole et ce qui était, avant guerre, la « Perle de l’Empire ».

Dr Didier FAGNEN
10/10/2006